Premiers pas
J’arrivais devant chez Ninon et je sonnais à l’interphone. Elle m’ouvrit, un peu surprise en me disant que son appartement était au second. Elle était sur le seuil, vêtue d’un vieux jean et d’un long pull tunique. Son carré mi-long blond cendré frisé était ébouriffé. Ses grands yeux bleus gris étaient cernés mais ressortaient davantage. Visiblement fatiguée, elle était encore plus craquante. Je lui fis la bise et je lui tendis ce que Pierre m’avait remis.
« Tiens, voilà ton cours, Pierre me l’a donné pour toi et puis il voulait que je m’assure que tu n’avais besoin de rien. »
« C’est trop gentil de sa part, il va m’entendre Pierre ! » marmonna-t-elle.
Elle m'invita à entrer dans sa grande pièce et se réinstalla sur son lit en me désignant son grand fauteuil transat. Son visage se crispait de temps à autre. J’en déduisis qu’elle souffrait. Elle me dit pourtant qu’elle se sentait mieux. Je lui annonçais que Pierre nous attendait chez lui ce soir. Nous parlâmes de tout et de rien, mais je pouvais de moins en moins détacher mon regard du sien. L’air entre nous se chargeait d’électricité. Au bout d’un moment, je ne pus m’empêcher de la taquiner :
« Nous devrions peut-être arriver très en retard chez Pierre, histoire de le laisser un peu seul avec Léa. »
« Mouais, il a pas toujours beaucoup de scrupules avec les filles, je ne suis pas sûre qu’il soit la meilleure solution pour ta sœur… »
« Peut-être pas, mais nous ne sommes pas forcément de bonnes solutions non plus dans la famille… »
Elle rougît, se troubla.
« Pourquoi me dis-tu ça ? »
Je répondis par une question :
« Tu es seule en ce moment ? »
« Depuis que j’ai rompu il y a un an environ avec mon petit ami du lycée, oui. »
Je capitulais.
« Je peux ? »
Je me levais pour venir m’asseoir sur le lit à côté d’elle. Le temps semblait s’être mis sur pause.
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