Déchirure
Une fois rentré à chez moi avec la perspective de dix jours sans elle, je fus pris d’une immense fatigue…que je mis d’abord sur le compte de cette semaine durant laquelle nous avions peu dormi…
Mais la réalité n’en fut que plus cruelle lorsque quelques jours plus tard, toujours fatigué, je me retrouvais après des analyses chez mon spécialiste…et le choc fut rude… J’avais en effet franchi la ligne entre la séropositivité et la maladie…Et cela changeait tout…
Je passais deux nuits blanches à me demander ce que je devais faire… Et si j’avais le droit d’imposer ça à Ninon. Je ne voulais pas qu’elle devienne mon infirmière. Et comme de toute façon elle allait souffrir, autant la faire souffrir maintenant une bonne fois pour toute.
Je ne savais pas où j’allais trouver le courage de lui faire du mal mais il le fallait. Je décidais d’attendre sa visite quelques jours plus tard, ses écrits terminés, pour au moins lui annoncer en face, même si je ne lui dirais pas toute la vérité.
J’allais la chercher à la gare et dès son arrivée, elle sentit que je n’étais pas dans mon état normal. J’attendis néanmoins que nous soyons seuls pour lui parler et mes mots la laissèrent sans forces, comme vide. Compte tenu de l’heure, elle ne pouvait pas repartir ce soir là et nous passâmes une nuit blanche. Je la remis dans le train le lendemain non sans l’avoir serrée désespérément dans mes bras. Elle n’avait pas dit plus de trois mots durant ces quelques heures, enfermée dans un mutisme inquiétant. Sachant que Léa était chez mes parents, j’allais la rejoindre et lui racontais tout, j’avais besoin de son réconfort. Et je me pris l’engueulade de ma vie :
« Tu te rends compte qu’elle va être toute seule pendant deux jours minimum pour gérer ça ! Personne n’est là jusqu’à nos résultats d’écrit mardi matin…Tu es inconscient de lui asséner un tel choc et de la laisser complètement seule comme ça. »
Elle essaya d’appeler Ninon pour voir si elle répondait au téléphone. Pas de réponse, juste le répondeur. Elle appela alors Pierre, le plus proche de Ninon et lui raconta tout. Il la rassura en lui disant qu’il préparait ses affaires et qu’il partait.
Il me raconta plus tard qu’il l’avait trouvé sans forces, sans larmes mais les yeux hagards. Il avait passé plusieurs heures à la consoler avant qu’elle ne pleure enfin et qu’elle ne se remette à parler autrement que par monosyllabes qu’il fallait littéralement lui arracher. Il resta avec elle, la calmant quand elle se réveillait en pleurs au bout de quelques minutes ou de quelques heures quand, de fatigue, elle cherchait refuge dans le sommeil.
De ma vie je ne revis Ninon que deux fois et cela fut très difficile pour tous les deux. Léa s’occupa de moi mais j’essayais d’oublier ma douleur, fort de la certitude que j’avais fait du mieux pour elle. Et puis, j’avais un autre combat à mener, même s’il était perdu d’avance.
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