Moments de doute
Le weekend se déroula sans autre tête à tête mais avec beaucoup de tendresse retenue et de regards échangés. Je n’oublierai jamais notre soirée en boite où j’eus le bonheur de lui voler quelques baisers discrets et de la tenir dans mes bras le temps des slows. Je lui laissais également mon numéro de téléphone en lui disant de m’appeler si elle en avait envie. Je rentrais chez moi le dimanche après-midi.
Après une sieste qui me permit d’évacuer la fatigue émotionnelle, je me réveillais dans mon petit chez moi, seul et me sentant comme orphelin.
J’avais bénéficié de sa présence pendant trois jours et j’avais du mal à m’en passer. Cela m’apportait un élément de réponse : oui, je pensais toujours à elle… et j’étais aussi certain maintenant de la désirer physiquement, certaines réactions persistantes au cours de notre tête à tête et de la soirée en boite m’ayant confirmé que ce besoin brûlant de me perdre en elle n’était pas que dans ma tête et que mon corps était complètement en accord avec mes sentiments. J’étais impatient d’explorer ce territoire nouveau pour moi qu’était une femme, et pourtant je me demandais si j’en avais le droit : je me surprenais à vouloir une certaine stabilité, je voulais une vie à deux, moi l’indépendant, l’individualiste farouche qui avait toujours prétendu ne jamais vouloir se scléroser dans le quotidien. Mais ma séropositivité m’en donnait-elle le droit ? J’allais l’aimer, certes mais j’allais aussi risquer de lui donner la mort par accident et de toute façon, mon avenir était limité dans le temps. Je me devais de toute façon de lui laisser le choix. Et puis, j’avais aussi fortement ressenti pendant les moments passés ensemble qu’elle était assez peu expérimentée et qu’elle avait un caractère entier, loyal mais anxieux. Cela m’avait plus mais supporterait-elle mon côté sombre, renfermé parfois ?
Elle n’appela pas ce soir-là ni le lendemain… Du coup, j’appelais Léa qui me redit toutes ses réserves et ses inquiétudes. Elle finit aussi par me raconter qu’elle avait subi un interrogatoire en règle de la part de Ninon pendant un de leur cours ce matin-là…Une boule se forma dans ma gorge :
« Qu’est-ce qu’elle voulait savoir ? »
« Si elle avait bien compris certaines choses. »
« ah… »
« Oui, c’est malin, maintenant j’ai dû faire le sale boulot à ta place tu es content ! »
« Pas vraiment non ! Elle a réagi comment ? »
« Je ne sais pas, elle semblait paumée mais je crois qu’elle tient à toi, vu ses questions et ses réactions…Je ne peux pas t’en dire plus, elle n’était pas là cette après-midi, elle bossait à la radio. »
Je restais donc avec mes questions, je n’osais pas lui téléphoner. Je me sentais lâche de ne pas lui avoir tout dit moi-même et en même temps soulagé. Je décidais de lui laisser le temps de digérer cette conversation.
Que va faire Ninon à votre avis? Et vous, qu'auriez-vous fait à la place de l'un ou de l'autre?
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