La Rencontre
J’étais en transit entre ma vie parisienne débridée et mon déménagement était en cours vers la grosse ville de province la plus proche de chez mes parents. Mon passé m’avait déjà rattrapé. Je m’étais arrêté pour voir ma petite sœur dans la ville où elle faisait ces études parce qu’elle avait besoin de soutien pour aller voir ses résultats d’examen de la session de septembre car elle craignait beaucoup de devoir redoubler. En ce beau jour d’été indien, nous descendions la grande allée de platanes qui menait au secrétariat de son université quand nous vîmes approcher une jeune étudiante. Elle avait les cheveux mi-longs blonds et frisés retenus par un bandana du même bleu gris que ses yeux. Elle souriait au soleil et paraissait d’excellente humeur. Le soleil jouait avec ses mèches blondes et elle était légèrement bronzée. Pas très grande, toute ronde, elle aurait paru ordinaire sans ses yeux pleins de douceur et d’intelligence. Ma sœur, Léa, me la présenta :
-« Tiens, Ninon, je te présente mon frère, Adrien. »
-« Bonjour, enchantée, Léa m’a tellement parlé de toi que j’ai déjà l’impression de te connaître. »
Paroles d’une banalité affligeante qui me permirent de cacher ce qui se passait en moi. J’étais sonné, secoué, chamboulé. Moi qui n’avais jamais été attiré par une femme de ma vie, j’avais plongé dans ses yeux l’espace de quelques secondes. Nous passâmes l’après-midi tous les trois en attendant l’affichage des résultats le soir. Ma sœur redoublait comme elle le craignait mais elles me raccompagnèrent néanmoins toutes les deux à la gare. Sur le quai, j’ai eu du mal à monter, à m’arracher à elle. J’avais l’impression d’avoir pris un coup sur la tête et de ne plus être sur de rien. Je ne savais pas ce qu’elle ressentait, je n’étais pas certain de ce que je voulais et de ce que je pouvais moralement faire. Je me savais séropositif et je savais porter la mort en moi. Avais-je le droit de l’entrainer là-dedans ? Et puis pourquoi est-ce que je me sentais attiré par une femme, surtout qu’avec ses rondeurs, elle n’avait rien d’androgyne. Je devais me calmer et essayer de garder la tête froide. Mais j’étais jeune, inconscient et encore assez insouciant. Et puis, le coup de foudre est une évidence qui ne se discute pas, au moins lorsque seuls les sentiments sont pris en compte…
Deux semaines plus tard, ma sœur vint passer le week-end chez mes parents. Nous avions trois ans de différence et nous avions toujours été très proches. Elle avait toujours été ma confidente mais là, c’était assez difficile de lui parler. J’avais envie qu’elle me parle d’elle mais je biaisais en la faisant parler de tous ses amis, choisissant de l’interroger sur sa vie amoureuse à elle… de cette façon, j’allais avoir des nouvelles de tout son petit groupe et donc de Ninon. J’appris peu de choses en fait parce que Léa était surtout intarissable sur Antoine, celui dont elle était "raide dingue". J’appris pourtant la seule chose qui m’importait : Ninon n’avait personne dans sa vie. Elle avait eu quelqu’un mais elle était célibataire depuis un peu plus d’un an. Léa me dit qu’elle était très proche d'Antoine mais sans ambigüité aucune. Je proposais à ma sœur de venir passer le week-end pour son anniversaire quelques semaines plus tard.
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